Le projet novateur de Natura Futura Arquitectura, intitulé « La Maison du Temps », s'implante à Babahoyo, en Équateur, une ville intrinsèquement liée à son fleuve. Cette œuvre architecturale est une réponse poétique et fonctionnelle à l'accélération de nos modes de vie contemporains et à la déconnexion progressive d'avec notre environnement naturel et les savoir-faire artisanaux. Conçue comme une « horloge biologique », elle propose un espace où la vie quotidienne se marie harmonieusement avec l'apprentissage collectif, rythmé par les cycles fluviaux, les techniques artisanales et les moments de partage.
L'intégration de l'environnement est une composante essentielle de « La Maison du Temps ». Les fluctuations saisonnières des marées fluviales, l'humidité et la chaleur modèlent l'expérience de l'habitat, créant une interaction constante avec la faune tropicale, les jeux de lumière et d'ombre. Pour réguler ces influences, des cours intérieures rafraîchissantes et un plan d'eau sont aménagés. Des écrans en bois, tels des moucharabiehs, filtrent la lumière solaire tout en favorisant une ventilation transversale naturelle. Des puits de lumière zénithale ponctuent l'espace, marquant le passage du jour et renforçant le lien avec le temps calendaire.
Le projet rend également hommage à l'artisanat traditionnel. Face à la rapidité des méthodes de construction modernes, il réhabilite les techniques des charpentiers et maçons locaux. La brique, matériau humble, est ici réinterprétée et devient un élément modulaire polyvalent, servant à édifier les murs, les sols et même les luminaires. Les poutres en bois indigène s'étirent pour former une toiture protectrice contre les pluies saisonnières, témoignant d'une ingéniosité et d'un respect des matériaux locaux.
Les espaces de « La Maison du Temps » sont pensés pour la polyvalence et la convivialité. L'atelier de création se métamorphose en lieu de rencontre multidisciplinaire. Les murs de la cour se transforment en portes pivotantes, servant d'écran de projection pour des documentaires ou s'ouvrant pour créer une connexion fluide entre l'intérieur et le patio extérieur. En contrebas, vers le fleuve, des plateformes étagées se transforment en amphithéâtre pour accueillir des représentations théâtrales ou musicales, renforçant le caractère collectif et évolutif du lieu.
L'agencement du programme s'articule autour d'une cour centrale qui s'étire et s'ouvre généreusement vers le fleuve. Les zones dédiées au travail créatif et aux ateliers se situent sur le côté gauche, tandis que l'espace central abrite les lieux de vie et de détente. Les aires de repos sont discrètement installées sur la droite. La bâtisse, d'une superficie de 180 m², est érigée sur une parcelle de 23 × 13 mètres, surélevée de 1,4 mètre par rapport au niveau du fleuve. Sa structure repose sur une série de colonnes en bois jumelées, espacées de 1,75 mètre, qui soutiennent une toiture à pente unique. Les poutres s'intègrent aux murs par l'intermédiaire de plaques métalliques, créant ainsi des ouvertures pour les puits de lumière.
Ce projet architectural représente une volonté de ralentir le rythme, de se reconnecter à l'environnement et aux traditions. Il ne s'agit pas seulement d'un lieu d'habitation, mais d'un espace vivant, évolutif, qui encourage l'échange, la créativité et le respect des cycles naturels. Il incarne une philosophie de vie où le temps n'est plus une contrainte mais un élément structurant, permettant une coexistence harmonieuse entre l'homme, son habitat et la nature environnante.