L'Exposition "Telle que trouvée" : Dialogue entre Ordre et Matière à Seongsu

Instructions

Découvrez comment l'architecture et la photographie s'unissent pour célébrer l'existant, la temporalité et la beauté des imperfections dans un cadre industriel réinventé.

L'art de l'intégration : une synergie entre l'existant et le nouveau

Une collaboration artistique au cœur de Seongsu

Une exposition captivante a vu le jour à Seongsu, réunissant le cabinet d'architecture Order Matter, basé à Londres et à Séoul, et le photographe d'architecture Simone Bossi. Cette collaboration artistique s'est articulée autour d'un intérêt commun pour l'idée de "tel que trouvé". Plutôt qu'une simple référence stylistique, cette notion a été appréhendée comme une véritable posture créative par les deux entités. Les photographies et les objets présentés ont été agencés comme des réponses parallèles à ce thème central, s'inscrivant dans un cadre existant plutôt que de s'y imposer.

La philosophie du "Tel que trouvé" : au-delà de l'esthétique brute

Le concept de "tel que trouvé" ne se limite pas à une esthétique de la rudesse ou du non-fini. Il incarne une approche qui privilégie le travail avec les éléments déjà présents. L'objectif n'est pas de masquer ou de remplacer une condition existante, mais de s'y aligner de manière à ce que de nouveaux éléments puissent s'intégrer naturellement, sans forcer. Lorsqu'une intervention est réalisée avec subtilité et retenue, elle peut donner l'impression d'avoir toujours fait partie du lieu.

L'exposition : une occupation temporaire révélatrice

L'exposition a été conçue comme une occupation temporaire, dont la vocation première était de clarifier le cadre environnant plutôt que de le transformer. Elle a pris place dans un immeuble commercial inoccupé de Seongsu, à Séoul, un lieu en suspens entre démolition et rénovation. Le quartier de Seongsu, marqué par son passé industriel, est caractérisé par la reconversion progressive d'anciennes usines et de petits bâtiments manufacturiers. Aujourd'hui, ces espaces accueillent fréquemment des expositions temporaires et des événements éphémères, créant un environnement où permanence et fugacité coexistent harmonieusement.

L'histoire murale : les traces du passé révélées

Autrefois un commerce avec des habitations à l'étage, le bâtiment a conservé des vestiges de sa vie quotidienne, même après avoir été dépouillé. Dans les étages supérieurs, autrefois résidentiels, les murs étaient recouverts de plusieurs couches de papier peint, typiques des habitations coréennes. Au fil du temps, des motifs et des revêtements s'étaient accumulés de manière irrégulière, créant des surfaces marquées par des applications répétées. Pour ramener l'espace à un état plus fondamental, les couches de papier peint et de papier de support ont été retirées lorsque cela était possible. Dans certaines zones, le papier sous-jacent n'a pas pu être complètement détaché et est resté visible. Ces traces résiduelles sont devenues partie intégrante de la condition de l'exposition, mettant en lumière l'histoire du lieu.

Le bâtiment comme catalyseur : une approche non-neutre de l'espace

La structure n'a pas été considérée comme un simple conteneur neutre, mais comme un ordre existant dans lequel l'exposition devait s'inscrire. S'inscrivant dans la temporalité du site, les créateurs se sont interrogés sur les possibilités offertes précisément parce que l'espace n'était pas voué à la permanence.

Intégration d'éléments nouveaux : le cas de la fenêtre en aluminium

Au rez-de-chaussée, une nouvelle et grande fenêtre en aluminium a été installée. Plutôt que de corriger la structure irrégulière façonnée par le temps, le cadre a été délibérément positionné de manière distincte. Si cette intervention avait été permanente, elle aurait nécessité un alignement forcé et des joints scellés pour une intégration parfaite. Cependant, en raison de son caractère temporaire, ces différences n'ont pas été masquées. Le nouveau cadre s'affirme selon son propre ordre, nettement distinct de la structure irrégulière qui l'entoure.

La plateforme noire : une surface réfléchissante temporaire

Une plateforme noire a été ajoutée pour soutenir les objets exposés. Le sol en béton existant était trop brut et irrégulier pour permettre un placement précis. Inspirée par l'œuvre "Oil Pool" de Noriyuki Haraguchi de 1971, cette plateforme a créé une surface réfléchissante dense au sein de l'intérieur brut. Finie en laque noire et légèrement en retrait des murs, elle apparaît comme une couche temporaire plutôt qu'un remplacement permanent. Sa vulnérabilité à l'usure la rendrait inappropriée dans un contexte commercial permanent, mais cette fragilité a été acceptée dans le cadre d'une occupation provisoire.

L'éclairage : révélateur d'imperfections

L'éclairage a été réalisé à partir de profilés de chemins de câbles industriels adaptés, abritant des rubans lumineux. Plutôt que de masquer les imperfections, l'illumination a révélé les transitions de surface et les irrégularités. La stratégie spatiale n'a pas cherché à perfectionner le bâtiment, mais à travailler avec ses limites, permettant aux nouvelles interventions de rester précises tout en étant clairement temporaires.

La série "Pebble" : des masses singulières au rez-de-chaussée

Au rez-de-chaussée, Order Matter a présenté la série "Pebble" comme un ensemble d'objets. Inspirées par les pierres recueillies le long d'un lit de rivière, ces pièces ont été conçues non pas comme de simples meubles, mais comme des masses singulières. Chaque objet peut être autonome ou s'assembler pour former un arrangement horizontal plus vaste. Leur conception incarne un dialogue harmonieux entre les matériaux.

Dialogue des matériaux : aluminium et pierre

Un cadre en aluminium moulé intègre le périmètre et les pieds en une structure continue. À l'intérieur, une dalle de pierre de vingt millimètres est encastrée. L'aluminium apporte clarté structurelle et légèreté, tandis que la pierre offre stabilité de surface et profondeur. Chaque matériau compense les limites de l'autre, formant un ensemble équilibré. Le processus de fabrication combine modélisation numérique, moulage au sable, découpe CNC et ajustement manuel, où précision et irrégularité coexistent.

La chaise "Square Arc" : variation matérielle et géométrique

Aux étages supérieurs, la chaise "Square Arc" a été présentée d'abord en acier inoxydable, puis en contreplaqué. La géométrie est restée constante, tandis que le matériau a modifié le poids et la présence de l'objet. L'acier reflétait vivement son environnement, tandis que le contreplaqué absorbait la lumière et apportait de la chaleur.

Les photographies de Simone Bossi : une intégration matérielle

Les photographies de Simone Bossi ont été montées directement sur des couches de chobaeji, le papier de support traditionnel coréen généralement utilisé sous le papier peint. Plutôt que d'introduire des cadres séparés, deux couches de chobaeji ont été appliquées sur le mur comme support. Les photographies, déjà imprimées, ont ensuite été placées sur cette surface. Ce choix est né de la condition résidentielle existante. Les étages supérieurs ayant été initialement finis avec du papier peint et des couches de support, l'utilisation du même matériau a permis aux photographies de s'intégrer au langage matériel du bâtiment. Le papier a fonctionné à la fois comme arrière-plan et comme cadre, évitant l'insertion d'un objet étranger. Les images sont devenues une autre couche au sein des surfaces accumulées de l'espace.

Une expérience séquentielle : objets et images en relation avec leur environnement

À travers les étages, les objets et les images ont été rencontrés séquentiellement plutôt que comme une composition unique. Chacun a établi une relation avec son environnement immédiat, permettant à la condition existante de rester lisible.

L'héritage d'une exposition éphémère : la continuité du changement

L'exposition n'a existé que brièvement au sein d'une structure en attente de transformation, mais elle a cherché à articuler une position cohérente. Le concept de "tel que trouvé" dépasse l'apparence d'avoir toujours été là. Il ne s'agit pas de déguiser le nouveau en ancien, mais plutôt de la manière dont une intervention s'inscrit dans un ordre existant et y forme une couche supplémentaire. Avec le temps, même les nouvelles constructions deviennent partie intégrante de ce qui les précède. Ce qui importe, c'est de savoir si elles participent à une continuité plus large. Dans ce bâtiment en suspens, l'exposition a fonctionné comme une couche temporaire au sein d'une séquence de changement continue. Elle n'a ni effacé ce qui était présent, ni tenté de le dominer. Au lieu de cela, les objets et les images ont été positionnés comme des ordres supplémentaires au sein d'un ordre existant, contribuant à une condition qui pourrait se poursuivre au-delà de leur brève occupation.

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